,
La Contemplation
Denis Marie
5 décembre 2020

La contemplation n’est pas l’apanage d’une quelconque tradition religieuse. Ce qui ne veut pas dire, que pour la plupart, elle n’y tient pas une certaine place. Cependant, le plus souvent, elle se trouve masquĂ©e et teintĂ©e par un contexte culturel et religieux. Cela a pour consĂ©quence de lui retirer son caractĂšre direct, inclassable et profondĂ©ment mystique.
Sans ĂȘtre un spĂ©cialiste ou quelqu’un de religieux, tout le monde peut contempler parce que cela fait dĂ©jĂ  partie de nous. Tous, nous recherchons le bonheur. Le bonheur authentique n’est autre qu’une joie inexprimable. Il se manifeste en faisant s’Ă©lever naturellement en nous une allĂ©gresse contemplative.

Contempler c’est regarder “l’infini” de Dieu au lieu du “fini” de l’homme.

Contempler vient “d’Être”, de rejoindre la Source de vie !

Contempler c’est accueillir la PrĂ©sence nouvelle qui en nous jaillit spontanĂ©ment.
Quand bien mĂȘme nous ne l’accueillons pas, la PrĂ©sence est lĂ . Seulement, nous n’en bĂ©nĂ©ficions pas. Nous ne recevons pas sa perfection, sa gĂ©nĂ©rositĂ© de renouveau et de libĂ©ration. Nous ne goĂ»tons pas l’amour qui affleure dans la gratitude de recevoir un tel don.

La contemplation nous donne une attention captivante. C’est un â€œĂ©merveillement” renouvelĂ©. D’ordinaire, nous nous Ă©merveillons un peu comme un enfant devant un stand de jouets. De mĂȘme qu’il nous arrive de rĂȘver en dĂ©couvrant avec engouement une personne, une situation, une chose particuliĂšre dont nous nous entichons.

Concernant la contemplation mystique, c’est plus une dĂ©couverte intime. “L’objet” n’est autre que l’éclat mĂȘme de la vie au milieu de nous. C’est dans l’esprit et le cƓur que son jaillissement puissant, que son mystĂšre infini nous Ă©treint. C’est Ă  travers cette rencontre que s’offre un ravissement mĂȘlĂ© de gratitude et dĂ©pourvu de saisie.

Une contemplation opĂšre en nous. Cependant, nous l’ignorons. Sa nature est pareille Ă  un miroir lumineux au milieu duquel le monde entier se rĂ©flĂ©chit.
D’ordinaire, ce que nous regardons face au miroir, c’est l’image qu’il renvoie. Nous ne regardons pas le miroir lui-mĂȘme. La contemplation provient de s’intĂ©resser non pas aux rĂ©flexions, mais Ă  la Source, Ă  l’Esprit initial d’oĂč elles apparaissent.
C’est un changement de regard qui produit une ouverture sur nous-mĂȘmes, ainsi que sur tout ce qui compose notre existence.

Afin de vivre la contemplation, il n’y a pas grand chose à faire,
juste “s’abandonner”.

Contempler, c’est s’abandonner. C’est laisser transparaĂźtre l’origine prĂ©sente en nous. Ce n’est pas nous qui contemplons. DissimulĂ©s derriĂšre notre volontĂ©, nous sommes le “lieu” vivant de la contemplation, lĂ  oĂč elle se trouve contemplĂ©e.
 

Quel est l’intĂ©rĂȘt de s’adonner Ă  la contemplation?

La contemplation nous permet de retrouver l’ouverture et la simplicitĂ© de l’Esprit tel qu’il Ă©tait dans notre enfance.
Il ne s’agit pas de dĂ©sapprendre, de purifier ou de dĂ©velopper un Ă©tat particulier, mais de reconnaĂźtre sa condition initiale, notre “Visage premier”.
Contempler c’est s’abandonner et de cette façon trouver le point d’appui. C’est trouver “cela qui reste” ; la PrĂ©sence Ă©ternelle.

Nous contemplons afin de nous rendre dans le meilleur, dans le plus agrĂ©able endroit de nous-mĂȘmes. D’ĂȘtre en ce “lieu”, c’est ĂȘtre dans le chez-soi, en la place qui nous est dĂ©volue. C’est se sentir parfaitement lĂ©gitime. 

Il n’y a pas vraiment Ă  “savoir” contempler Ă©tant donnĂ© que la contemplation n’a pas besoin de nous. Aussi, le mieux, c’est de se retirer.
Tranquillement, Installez-vous quelque part et lĂąchez les commandes. Laissez ĂȘtre
 Laissez la vie faire son travail comme elle sait le faire.
L’Éclat de l’Être est auto prĂ©sent. Prenez appui sur lui et laissez-vous guider vers la grande simplicitĂ©.


Contempler c’est aller dans son cƓur. C’est retrouver son point d’amour.
Lorsque nous avons soif, nous nous servons un verre d’eau. Il n’y a pas grand-chose d’autre Ă  faire. Il en va de mĂȘme pour Ă©tancher notre soif d’absolu. PlutĂŽt que de nous tourner vers des mĂ©thodes, des entraĂźnements laborieux, plus simplement, il s’agit d’aller dans notre cƓur.
En favorisant une culture liĂ©e au savoir et aux connaissances intellectuelles, nous l’avons dĂ©sertĂ©. Pourtant, c’est en le cƓur que rĂ©side l’Esprit, la conscience divine. C’est par le fait de nous y rendre et d’y demeurer que nous pouvons recevoir les merveilles que prodigue l’Essence de vie.

Revenir en Soi, ce n’est pas se refermer sur soi. Il n’est pas question de s’isoler pour se protĂ©ger dans un repli. Il s’agit d’habiter la PrĂ©sence et la clartĂ© de l’Être. C’est habituellement que nous sommes fermĂ©s, dĂ©tournĂ©s du vivant, occupĂ©s par nos ambitions et nos distractions.
D’ordinaire, nous nous projetons Ă  travers le mental, dans une histoire et un devenir. C’est par ce cinĂ©ma mental, ce jeu d’idĂ©es et de concepts que nous crĂ©ons et maintenons une “division” avec le rĂ©el. Pourtant, Il n’existe pas un “je suis” qui rejoindra un “je serai”. Nous SOMMES, seulement, constamment, depuis toujours. Par-delĂ  les changements, par-delĂ  les hauts et les bas, c’est cette continuitĂ©, cette immuabilitĂ© que nous rĂ©vĂšle et nous permet de vivre la contemplation.

 

Contempler, c’est atterrir ici, oĂč nous Sommes. C’est oublier tout discours du mental, toute condition, afin de se retrouver participant de l’instant vivant.

S’affranchir de l’idĂ©e de Dieu pour rencontrer l’Éclat de “Dieu” en nous.